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LA «MONTRÉALISATION» DE LA CULTURE

Par David Miljour, directeur général de Dose Culture (25 septembre 2018)

Nous vivons pas mal à l’époque de groupes de discussions et des consultations sur une foule de sujets. Ainsi, chez Dose Culture nous avons de nombreuses opportunités de s’y asseoir et de partager nos succès, nos difficultés et recevoir de précieuses informations de d’autres organismes et travailleurs culturels ambitieux et novateurs.

Dernièrement, une tangente se dessine. Je dirais une mode inquiétante. Le suivage. La commande. Malgré le dévouement, la passion et l’incessante obsession de développer de nouveaux projets ou des programmes culturels sortant des sentiers battus, mes homologues constatent, tout comme moi, que lorsque nous recevons un appel de partenariat (beau mot pour dire qu’un client appel pour avoir un service arrêté dans ce cas-ci), on se butte inévitablement sur une position incontournable; la liberté d’expression et le respect de la démarche artistique des artistes qui travaillent avec nous.

Là, je vais vous donner un exemple qui est vrai! Je prend cette précaution pour éviter que vous me dites que cela ne se peut pas. J’ai reçu une demande de rencontre pour planifier une rencontre afin de voir la possibilité de faire un éventuel projet qui se doit d’être bleu en prédominance et en monochrome sur le thème de la réciprocité, tel que vu sur la rue Duluth à Montréal. Pardon??? Sachez que j’ai refusé la rencontre en prétextant que l’éventuel projet n’est pas possible. Et vous, si je vous pose la question, la réciprocité, comment vous mettriez cela en image? Bonne question…

Montréal a une force. La diversité des actions culturelles et l’importante offre toujours aussi impressionnante à chaque projet. Je respecte beaucoup cela. Cependant, quand cela fait 17 fois que l’on me tag dans une publication Facebook d’un projet réalisé en 2015, sans manque de respect, nous sommes rendus ailleurs, même si c’est à Montréal, même si c’est sur une rue passante et même si c’est ben, ben beau. Les américains disent: over exposed. Il y a déjà 28 projets similaires qui ont été inauguré car, la mode est passée et le citron a été pressé jusqu’à la dernière goutte.

J’ai pris l’exemple la plus invraisemblable pour vous faire mon cas type, je l’avoue. Mais ce type de demandes, bien souvent moins intenses, se présentent régulièrement dans une année. Le prétexte qui est systématiquement mentionné lorsqu’on essaie de convaincre le client (car, à ce titre, je préfère les partenaires mais quand tu commandes, tu es un client, simplement) de déroger de leur fermeture d’esprit, est de mentionner que nous pouvons aller plus loin par la créativité de l’artiste et sa motivation au projet puisqu’il est partie prenante dès la naissance.

Ceux-ci nous disent sans vergogne, qu’ils savent ce qu’ils veulent car, en bon Montréalais, ils consomment de la culture en marchant sur la rue en allant acheter une pinte de lait au dépanneur et qu’ils visitent au moins 10 expositions par année.

Vulgairement, la vérité c’est que c’est insultant. Insultant pour tant d’organismes culturels qui portent une mission et on une vision innovante, structurante et ambitieuse. Qui doivent agir dans l’intérêt des artistes collaborateurs et qui doivent mener à bien les objectifs de leur organisation. Par ce type de demande, cela détourne le plan des travailleurs culturels qui veulent développer des manifestations artistiques porteuses de sens, qui ont un véritable impact culturel et même social.

Quand j’ai besoin d’acheter des fenêtres, je n’appelle pas un installateur de piscines! Et si je le fais, je dis que je me suis trompé de numéro, je ne vais pas insister pour qu’il m’installe des fenêtres parce que j’ai vu qu’il avait une bonne réputation sur Google Maps même si ce n’est pas dans son offre.

Il est normal que la métropole influence l’aspect culturel (et bien d’autres aspects sociétales) car, c’est le pivot du Québec. Par contre, l’identité des régions, des organismes, des mouvances artistiques devraient apporter une complémentarité dans l’ensemble du Québec, menant vers un pluricentrisme riche, créatif et diversifié.

Cessons de penser que nous connaissons mieux l’art que l’artiste lui-même.

LES GÉRANTS D'ESTRADES

Par David Miljour, directeur général de Dose Culture (31 mars 2018)

« Aye Dôvid. Pour kessé faire que tâ pô partie un inc? Sâ mârrrche pô pire, pô pire ton affaire de dessins sé murs. Tu peux faire pô pire, pô pire d'oseille avec çâ! » voilà un commentaire que j'entend régulièrement par des gens qui ne connaissent pas vraiment le travail de Dose Culture ou ce que je fais au bureau et sur le terrrain. Au début je m'emportais un petit peu, je dois vous l'avouer. Maintenant, je souris et ma tête roule. Est-ce que j'explique mon choix? Comment lui dire pour qu'il comprend? Son opinion est fixe ou cela peut le faire réfléchir? Sait-il ce que c'est l'économie sociale? Puis j'abandonne. Je lui dis que probablement qu'il ne serait pas d'accord, mais j'aime ça faire du bien au monde. Puis je tourne les talons.

Plein de monde voit le Cirque du Soleil, Québécor ou Sid Lee et se disent qu'invariablement, quand tu as une bonne idée en affaire, tu vas devenir milliardaire. Ils oublient constamment les efforts immenses que les fondateurs de ces trois empires ont investis, sans compter, sans congé, sans souffler. Il faut aussi mentionner que plein d'autres anonymes ont fait les mêmes efforts, mais leur entreprise n'a jamais gravie les échelons internationaux comme ces trois cas type. Pire encore! Parce que je travaille au sein d'une entreprise d'économie sociale, ces gérants d'estrades économiques pensent que je suis au salaire minimum, que je suis pauvre et que j'en fais beaucoup trop pour pour une pognée de change. Je gagne ma vie raisonnablement et en plus, j'adore mon emploi, la liberté de création qu'il me donne et les différentes actions à mener dans une multitude d'exigence, tous plus challengeantes les unes, les autres.

Néanmoins, je pense que ce que je viens d'écrire, vous le savez déjà. Il n'y a que les gérants d'estrades qui se couvrent les yeux avec des mitaines de Mickey Mouse!

Cette semaine, j'ai donné une conférence sur le développement entrepreneurial de Dose Culture et mon évolution en tant qu'entrepreneur social dans un cours du Champlain Collège de Saint-Lambert traitant sur les affaires au service du social. Les étudiants devaient remplir un tableau avec des points précis sur notre plan d'affaire. Nos partenaires, nos forces, nos menaces, notre valeur concurrentielle et finalement, l'apport social de nos services. Cela m'a fait réfléchir. En 2006, en quittant les murs bruns du sous-sol de l'UQÀM (pour moi ils pensent que cela va revenir à la mode), mes cours en gestion ne touchaient pas l'aspect social en affaire. Le marché et le système économique évolue et va dans une direction de conscientisation des enjeux sociétales et c'est une progression intéressante.

Les étudiants et la chargée de cours avec beaucoup d'intérêts sur le concept de produits ou de services répondant à une problématiques sociales. Troquer les profits individuels pour des surplus réinvestis dans l'équipe et la communauté pour favoriser des objectifs communautaires dans chaque action concrétisée. Mais pourquoi? 

Je suis maintenant très confortable d'avoir la conviction que lorsqu'une problématique sociale ou un besoin d'une collectivité mène à un développement de produits ou de services, le statut juridique devrait être sans but lucratif. Vous savez, si ce n'était pas du comité de citoyens du quartier de Laflèche qui avaient d'importantes préoccupations quant au sentiment de sécurité, je n'aurais jamais fondé Dose Culture. Bref, je ne suis même pas certain que Dose Culture existerait. Au fil du temps cette mission de sécurité a évolué et nous avons procédé à une importante réflexion pour maintenant valoriser les graffeurs et travailler avec eux à vivre de leur style de vie qu'est le graffiti avec les plus grandes libertés possibles.

Dose Culture reste la même entité. C'est le besoin qui dicte la mission. Il serait vraiment gênant de prendre le génie créatif du milieu du graffiti et le valoriser tout en engrangeant d'important profit qui rempliraient qu'une seule paire de poches. 

« Facque, moé j'ch'préfère faire l'oseille pô pire, pô pire pour les graffitisteux, pis les voésins, pis pour faire marcher un projet, mon gérant d'estrades. »

 

PAR CHOIX OU PAR CHARITÉ?

Par David Miljour, directeur général de Dose Culture (6 février 2018)

Au Québec, la réussite professionnelle d'un(e) entrepreneur(e) est souvent définit par son enrichissement.  Nous avons tous nos unités de mesure. Par exemple, le restaurant est-il beau, bien designé, bondé de clients avec une grande équipe salariée. Oui! Le propriétaire doit être riche et se promener en Mercedes. Pourtant, je connais plusieurs restaurateurs qui ont une salle à manger au goût du jour, de nombreux clients et des horaires de matin, de midi et de soir employant une vingtaine d'employés. Pour les connaître personnellement, ils conduisent un Toyota Yaris 2009 ou une voiture équivalente.

Car, bien que tout montre qu'ils sont prospères avec des entrées de revenus imposantes, en coulisse, nous ne voyons pas que ceux-ci, travaillent 80 heures par semaine, doit gérer les absences de leurs employés, gérer leur budget pour chaque dépenses, magasiner les soldes pour qu'au final, chaque surplus, après avoir payé les salaires, l'électricité, leurs taxes, Internet et le bail, ils paient leur prêt bancaire pour leur four à gaz à 30 000 $ mais qui fait que votre steak goûte le BBQ à votre satisfaction. Et cela est vrai pour toutes autres formes de commerces. 

J'admire ces gens. Des personnes d'exception capables de prévoir à long terme et d'investir leurs efforts, sans réserve, dans leur passion. En quelques sortes, ils contribuent à leur communauté par leurs produits et services de qualité, servis avec courtoisie et passion tout en permettant à leurs salariés, d'aspirer à des moyens financiers afin d'améliorer leur qualité de vie.

L'économie sociale, en mon sens, ressemble beaucoup à ce INC. local regroupant les petites et moyennes entreprises. Dévotion, mission, vision, engagement, gestion efficace et qualité des produits et des services est au cœur des actions de bien des entreprises d'économie sociale. Par contre, ce n'est vraiment pas le message qui est perçu par l'ensemble du Québec.

Bien des gens embauchent des coopératives, des entreprises solidaires ou des entreprises d'économie sociale en ayant l'objectif de les encourager. Ils font leur B.A. Même si le produit acheté n'est pas d'une qualité irréprochable, ce n'est pas grave, c'est un geste de don qui est concrétisé. Si les locaux ne sont pas propres, ne sont pas rafraîchis, si le service n'est pas souriant ou si l'après-achat laisse à désirer, c'est relatif car, ils supportent un organisme communautaire.

Pourtant, si votre caisse Desjardins (une coopérative) faisait un mauvais retrait dans votre compte, seriez-vous aussi conciliant? Quand vous attendez la dépanneuse de CAA-Québec (une entreprise d'économie sociale) six heures, êtes-vous impatients? Oui! Avec raison. Je le serai tout autant que vous.

Fort probablement que je ne ferai pas l'unanimité dans le milieu de l'économie sociale mais, quand je vend un graffiti artistique ou une anamorphose au sol, je vend de la qualité, de l'expertise, du savoir-faire des artistes que je représentent et surtout un service avant la production et après, irréprochable. Je force les villes, les corporations, les particuliers, les organismes et les entreprises à faire un choix pour Dose Culture versus un compétiteur peu importe son statut légal car, je crois en la qualité et à la flexibilité de nos services qui répondent à 110% aux besoins de nos partenaires. Si jamais nous sommes tout croche et que nous travaillons en cabochons, ce qui n'est jamais arrivé, mais si cela arrive, jamais je n'utiliserai le fait que nous sommes un OSBL en demandant la sympathie et la charité.

Depuis plusieurs années, nous voyons des coopératives se forger en habitation, en communications et en service professionnel. Nous voyons également des entreprises d'économie sociale vendant des biens et des services se surpasser et offrir de l'attention, de la qualité et de l'écoute dépassant les normes de qualité des plus grandes entreprises québécoises. Ces acteurs économiques responsables veulent convaincre, veulent grandir et veulent surtout la satisfaction de leurs clients et de leurs partenaires. L'étiquette du «misérable» et du don est nocif et est inéquitable dans leur marché car, elle sous-entend que ces entreprises sociales, ne sont pas équivalentes à leurs compétiteurs. Le sceau de la qualité est remplacé par l'étiquette «de la bonne action» conférant une position peu enviable dans les intentions d'achat dans les villes, les ministères, les entreprises et les particuliers.

Quand j'écoute le FM 103,3, que je regarde TVRS, que j'achète mes impressions à D'Un Couvert à l'Autre ou que je demande des conseils en communications à la Coopérative Belvédère, je vois la même qualité que si j'écoutais le 91,9 Sports, que si je regardais TVA, que si je faisais mes impressions chez Miro Média ou que si j'embauchais Sid Lee. Mais en plus, je peux considérer que mon argent sera un investissement pour poursuivre une mission qui est directement lié à une priorité locale de ma communauté et que j'en aurai des bénéfices en tant que citoyen.

Voilà un choix qui rapporte à tous!


CULTURE ET ÉLECTIONS - L'IMPORTANCE DES CRÉATEURS LOCAUX

Par David Miljour, directeur général de Dose Culture (24 novembre 2017)

Cela vous arrive souvent d'acheter le Journal de Montréal? Peut-être même que vous êtes abonnés? Pour ma part, à moins que je mange seul au restaurant, il est très rare que je lis une copie ou me procure un exemplaire du quotidien. Pas que je n'aime pas lire ou que j'ai une opinion sur le journal, mais ce n'est vraiment pas un réflexe naturel. Nous sommes dans l'aire des médias numériques! Par contre, le 6 novembre dernier, je l'ai acheté simplement pour pouvoir lire tout le dossier sur le résultat des élections municipales, ville par ville. J'aime bien les cartes, les tableaux et les schémas préparés par la rédaction. 

Évidemment, j'ai lu beaucoup sur la défaite surprise de Denis Coderre mais ce qui m'a vraiment intéressé et qui était remarquable c'est le nombre de nouvelles-eaux mairesses-res qui ont été élues-s. Dans bien des cas, plus de 80% des conseils municipaux étaient tenus par des nouveaux conseillers. Un exemple flagrant est la victoire de la nouvelle mairesse de Brossard, madame Doreen Assad qui a également réussi un tour de force en faisant élire neuf conseillères-ers sur dix sièges.

Ce renouveau dans le monde municipal est très intéressant. Les citoyens ont voté et ont décidé de changer de direction. En parcourant les promesses des équipes électorales maintenant en poste d'élues-s, j'ai pu constater un intérêt particulier pour le développement social, la culture au cœur des décisions des villes et la participation citoyenne. Bref, donner une place prépondérante aux citoyennes-ens dans des projets de développement favorables aux... citoyennes-ens. Axer les leviers décisionnels vers la communauté pour les besoins de la communauté. Et, j'aime cela!

C'est dans cette optique que j'aimerais développer une idée que j'ai dans ma tête depuis une bonne année. Chaque municipalité offre une programmation, soit par saison, soit par thème. Souvent, les villes confient des mandats à des firmes régionales et même nationales pour prendre en charge des événements qui attirent bien des touristes et qui font la signature de la municipalité. Ces grandes entreprises événementielles ont beaucoup de qualité comme un bouquet d'experts, une machine de promotion, un réseau important et des idées qui fonctionnent. Bref, nous travaillons souvent de concert avec elles dans les différentes programmations estivales et nous sommes capables de constater leur qualité de travail.

Je veux être clair. Il faut continuer à les embaucher. Cependant, j'aimerais également que les conseils municipaux et les directions municipales puissent considérer de sonder leurs organismes culturels locaux afin de voir si ils ne peuvent pas aussi développer un événement représentatif de l'identité locale et évidemment, leur attribuer un budget et une liberté de conception importante. Avoir confiance en leurs acteurs culturels sur leur propre terrain.

Ces organismes composés de femmes et d'hommes qui habitent leur ville, aime leur ville, veut voir leur ville se développer, mais aussi ont une expertise artistique et culturelle. Ces gens qui veulent combiner leur sentiment d'appartenance avec leur génie créateur et en faire un festival, un sommet, un colloque, un événement d'une journée mettant au cœur la culture comme vecteur du développement social de leurs citoyens. Faire du développement durable par l'art et ses formes et du même coup, faire découvrir aux jeunes et moins jeunes les beautés de la culture et l'influence de l'art sur nos vies. De plus, ces organismes arriveront avec des programmations vraiment audacieuse, avec une innovation culturelle palpable et un désir important d'apporter de nouvelles idées. Il y aura donc, un renouveau également dans les programmations, bien souvent stagnante, puisque les organisateurs d'événements, trouvent leur confort dans le retour de la majorité des activités, année après année. 

Voilà une idée qui peut facilement aider les nouveaux cabinets qui ont promis une importance sur le développement social, la culture et la participation citoyenne.

Bon là j'entends déjà l'avocat du diable! Ces organismes ont-ils l'expérience nécessaire? Seront-ils capables de livrer? Cela représente un risque politique. Oh! est-ce que les gens vont comprendre? C'est quoi l'art actuel? Cela intéresse vraiment les gens? Oui, oui, oui, oui, oui et oui! Ces appréhensions légitimes sont de belles questions lorsqu'on parle d'un contrat surtout si il a été conclu suite à un appel d'offre. Mais moi, je vous parle d'un partenariat. Un travail coopératif et de collaboration entre une municipalité ouverte sur les organismes qu'elle accrédite et qu'elle supporte. Une ville avec ses régisseurs et ses élues-s qui font confiance et accompagne les organisations désireuses de partir un nouveau projet, innovant, coloré et intéressant pour la population tout en poursuivant des objectifs de mission du milieu de la culture, local.

Comme premier billet dans notre nouvelle section blogue, je trouvais tout à propos d'écrire ce texte destiné aux nouveaux conseils municipaux. Seulement aux conseils? Non! À vous tous citoyennes-ens car, vous avez le pouvoir d'accrocher votre élues-s, écrire à votre mairie, de téléphoner votre conseillère-er et de vous déplacer à l'Hôtel de Ville pour en faire une proposition en bonne et due forme lors de la parole au public.

Dans tous les cas, moi je vais le faire, c'est certain.